Lectures du printemps
Piou piouuuuu! (Ceci retranscrit ma joie d'être en vacances.) Bon, alors les lectures du printemps. Là encore j'avais les partiels pour lire, mais en fait j'ai moins lu qu'en hiver parce que je jouais à Pokémon. Eh ouais, on peut pas tout faire.
Satyricon, de Pétrone: Fuyez. Non sérieusement, si vous voyez ce livre, fuyez. C'est nul du début à la fin. Et moi qui vous parle je peux vous l'affirmer parce que je l'ai lu du début à la fin (voilà où ça vous mène ce principe à la con de toujours finir un bouquin). Oui donc je vais expliquer un peu quand même. Comme le bouquin n'est en fait qu'un regroupement de tous les morceaux qui ont traversé les siècles, c'est un vrai gruyère. Y a des gens qui ont essayé de résumer ce qu'il se passait dans les lacunes, mais comme on n'est pas trop sûr de l'ordre des passages, ça donne des trucs carrément décousus. Si je me concentre sur les passages qu'on a, déjà l'écriture est carrément relou: apparemment le latin était "spécial", alors les traducteurs ont essayé de retranscrire ça, ce qui nous donne des mots compliqués par paquets de dix toutes les trois pages (bon j'exagère un poil, je le reconnais). Pour finir, l'histoire est pas intéressante, déjà à cause des trous, mais aussi dans la façon de raconter. C'est chiant. Oh et puis pour ceux que ça intéresserait: il existe un célèbre film de Fellini adapté du Satyricon, apparemment rempli de... comment dire... scènes scabreuses. Eh ben, prenez-moi pour une niaise si ça vous chante, mais dans le bouquin j'ai pas relevé tant de scènes grivoises que ça. Y a quelques moments où c'est difficile de passer à côté, mais d'autres fois je crois que c'était trop sibyllin pour que je m'en aperçoive. Et puis bon, comme l'histoire me gonflait, j'ai pas trop cherché à comprendre. Voilà, donc faites l'impasse sur ce livre. Ah et puis dans mon édition (Garnier-Flammarion), la préface était nulle: le mec dénigrait plus les philologues qu'il ne parlait du livre.
L'Âne d'or ou Les Métamorphoses, d'Apulée: Celui-là par contre il était bien. Déjà la préface était bien, Jean-Louis Bory (l'auteur de la préface aux éditions Folio classique) faisait des jeux de mots rigolos et il expliquait bien la vie d'Apulée, la symbolique de l'âne, tout ça tout ça. Ensuite, c'est plutôt marrant de suivre les péripéties de Lucius. Le seul problème, c'est qu'il se plaint beaucoup, est très centré sur sa petite personne. En fait, ce qui est surtout intéressant dans ce bouquin, c'est pas ses aventures à lui mais celles qu'il entend raconter. Et l'histoire n°1 au hit parade, c'est évidemment le mythe de Psyché. Je l'avais déjà lu (le mythe extrait du livre), et cette relecture me confirme que c'est probablement LE passage qu'on retient du bouquin (quand on aime un peu les mythes. Mais si vous lisez ce bouquin c'est pas un hasard je pense). Avec celui où une dame veut copuler avec Lucius transformé en âne, accessoirement (passage très dérangeant, d'ailleurs...). Euh... Bon. C'est bête, je crois que j'avais un tas de choses à dire sur ce roman après l'avoir lu, mais quelques mois après j'ai tout oublié (ça m'apprendra).
Erec et Enide, de Chrétien de Troyes: Le programme c'était de se taper tous les romans de Chrétien de Troyes, alors j'ai tout lu. Et ce premier roman est sûrement mon préféré. La fin avec "la Joie de la cour" m'avait un peu gonflée parce que je trouvais que l'histoire aurait dû s'arrêter ben... juste avant, en fait. Mais bon, son texte n'est pas "sans senefiance", alors on fait avec, hein. Oui donc bref, j'aime bien parce que c'est une quête initiatique.
Cligès, de Chrétien de Troyes: Je peux plus saquer la partie Alexandre/Soredamor parce qu'on devait la traduire en ancien français (et puis bon, c'est des monologues qui s'enchaînent sur les yeux qui trahissent, le coeur qui s'est pris une flèche en pleine face, des oh la la est-ce qu'il m'aime, moi je l'aime, oh la la est-ce qu'elle m'aime, moi je l'aime, je souffre oh la la). Donc on va passer direct' à Cligès, leur fils, voulez-vous? Eh ben ce bout de roman est très bizarre, je trouve. Je l'ai trouvé super ironique, ce roman (enfin je veux dire que c'était plus voyant que dans les autres): déjà, l'auteur nous explique en long, en large et en travers que l'image comme quoi quand on aime, le coeur s'en va auprès de l'être aimé, c'est n'importe quoi parce qu'une personne ne peut pas avoir deux coeurs (d'ailleurs, si: Docteur Who), et puis Fénice veut pas avoir la même histoire d'amour qu'Iseult, mais en fait c'est exactement ce qui se passe: elle aime le neveu de l'empereur et ils finissent par vivre ensemble cachés, puis ils sont découverts, blabla. Et justement, quand ils sont découverts, je trouve que ça va très vite: ils commencent à fuir et soudain ils apprennent que l'empereur est mort de dépit (!), ils reviennent et Cligès est empereur avec Fénice pour femme. Donc ce roman m'a laissé une impression... étrange.
Le Chevalier de la charrette, de Chrétien de Troyes: Lancelot, on a envie de le frapper. Non, sans rire. Il est pas sympa avec les autres parce qu'il pense qu'à la reine, et il est complètement débile et mou en sa présence (il essaie de se suicider avec un lacet de la selle de son cheval, rappelons-le). Je l'ai trouvé longuet, ce roman. Mais y a un truc que j'ai trouvé très bon: vers le début il traverse un cimetière, et il voit sa tombe. Sinon pareil que pour Cligès, la fin est très rapide, on a l'impression que l'auteur voulait se débarrasser de ce qu'il avait commencé alors il s'est dépêché de finir (d'ailleurs en l'occurrence Chrétien de Troyes a délégué, ça met mon hypothèse en pratique).
Le Conte du graal, de Chrétien de Troyes: Il est long ce roman, et encore il est pas fini. À ce stade de ma lecture de tout CdT, j'en avais un peu marre, donc ça a dû jouer dans mon impression. Avec ça, il est pas simple à comprendre. Mais bon, c'est quand même incontournable, comme bouquin. Et puis j'aime bien l'hypothèse formulée par les critiques: l'important ne serait pas de trouver le graal mais de le chercher, ce serait les questions plus que les réponses qui importeraient. Donc c'est encore une histoire de quête initiatique. Ce qui fait que même si ce roman m'a paru partir dans tous les sens, je l'aime bien pour la raison que je viens d'évoquer.
Endgame/Fin de partie, de Samuel Beckett: J'ai lu la version anglaise, et comme j'avais rien compris, j'ai acheté la version française. Ce qui m'a conforté dans l'idée que j'avais rien compris en anglais. Et tout bien réfléchi, je préfère Fin de partie à En attendant Godot (plus connu, ce me semble). Faudrait que je lise d'autres pièces de ce monsieur, à commencer par Molloy.
Le Magasin des suicides, de Jean Teulé: J'ai acheté ce livre parce que j'avais vu le teaser du film d'animation qui doit sortir en 2012. L'idée me semblait carrément délirante, et puis j'aime bien le dessin. Donc j'ai lu. Au début je me demandais si c'était pas parce que je venais de sortir du cycle CdT-ien, mais en fait non, mon ressenti s'est confirmé quand j'ai vu des critiques de blogs sur le livre: l'écriture est bof bof. Expliquons-nous un peu: au début, on a une narration relativement familière et des dialogues relativement soutenus. Je suis désolée mais mettre du passé antérieur dans du dialogue et pas de verbe dans la narration, c'est n'importe quoi. Bon par la suite les deux s'équilibrent, mais quand même l'écriture est limite. Accessoirement, j'ai repéré des vers de Baudelaire, je sais pas trop si c'était pour le délire ou si ça a un sens. La première partie - donc la découverte de ce monde tout différent du nôtre, en somme, puisque dans le livre les gens ne vont pas dans un magasin de farces et attrapes mais dans un magasin donnant les moyens de se suicider - est pour cette raison excellente et laisse présager une bonne petite réflexion sur la société. Sauf que non. Parce que dans la deuxième partie l'histoire ralentit et ça devient une bête démonstration de tous les moyens possibles et imaginables de se suicider. Et puis la fin est complètement injustifiée, selon moi. Je veux pas vous spoiler, donc je vais pas en dire plus. Mais quand même. En conclusion, l'idée est excellente, mais elle a pas été traitée comme elle aurait dû l'être. J'ai vu que l'auteur a largement mieux écrit dans d'autres bouquins (Je, François Villon en tête du peloton apparemment), mais je vais laisser cet auteur de côté pour le moment.
L'Étrange Histoire de Benjamin Button, suivi de La Lie du bonheur, de Francis Scott Fitzgerald: C'est pas transcendant. Si vous avez vu le film, vous trouverez la nouvelle L'Étrange Histoire de Benjamin Button assez décevante. Si vous n'avez pas vu le film, vous pourrez la trouver bonne mais sans plus. Fitzgerald ne creuse pas du tout le personnage de Benjamin Button, c'est trop rapide. Pourtant il aurait pu en faire un roman excellent. Le film a fait ce que l'auteur aurait dû faire: développer. La Lie du bonheur est meilleure, je trouve, mais pas transcendante non plus. En fait, j'ai pas trop vu l'intérêt de la nouvelle. Sinon, niveau écriture, ces deux nouvelles sont racontées comme j'aime qu'on le fasse: l'auteur tient le lecteur par la main, il s'adresse à lui du style "Si vous aviez consulté les archives de... et si vous aviez... alors vous auriez trouvé...", et puis c'est indéniable, le bonhomme sait raconter. Le problème, c'est que parfois certaines phrases devaient être relues pour être comprises parce qu'elles étaient bancales. Je pense que c'est dû à la traduction.
Le Fantôme de l'opéra, de Gaston Leroux: Depuis le temps que je voulais le lire, ce livre! Eh ben devinez quoi? Avis mitigé. Le roman commence très fort: l'opéra et les gens qui y habitent sont très bien décrits, c'est super bien raconté. Leroux a un vrai talent de conteur, l'histoire du fantôme de l'opéra est pas devenue une légende urbaine pour rien. Encore mieux, il est ironique. Y a des fois où j'éclatais de rire tellement c'était ridicule: la palme du rire revient sans conteste au chapitre 5. Le problème, c'est qu'on passe d'une histoire fantastique/policière à une histoire simplement policière, et avec une histoire d'amour niaise en prime. L'histoire d'amour entre Raoul et Christine prend le pas sur tout le reste, si bien qu'on se retrouve avec des discours à l'eau de rose, des dialogues avec des points de suspension par milliers, des "ah!", des "oh!"... et le suspens sur le fantôme s'éternise pour se dégonfler comme un gâteau mal cuit. Parce qu'il faut le dire, le mystère sur le fantôme est assez vite résolu. Ensuite, il manque plus que les détails. Donc en gros, l'histoire a commencé sur les chapeaux de roue mais s'est essoufflée ensuite.
Femmes de dictateur, de Diane Ducret: Cette fois c'est pas un roman, plutôt un documentaire (je sais pas si c'est comme ça qu'on dit pour les livres...). L'auteure avait été invitée à La Grande Librairie, je crois, et ça m'avait paru intéressant. Et je suis moyennement convaincue. Le but c'était de parler des femmes qui vivaient dans l'ombre des dictateurs. Donc ça parlait des épouses mais aussi des maîtresses. Je trouve que parfois elle s'éloigne du thème de son livre. Par exemple, elle met des pages et des pages à nous parler de la chute de Bokassa, tout ça pour nous dire au final que cette chute est peut-être due à sa femme parce qu'elle avait peut-être une liaison avec Giscard d'Estaing. C'est mince, hein. À part ça, on apprend que quasi tous les dictateurs dont l'auteure nous parle étaient des gros connards (on savait déjà que c'en étaient par leur politique, maintenant on sait que c'était aussi dans la vie privée). Enfin bref. En tout cas je vous préviens, au cas où vous compteriez le lire pour en connaître plus sur l'idéologie développée par les dictateurs (parfois avec l'aide d'une ou plusieurs concubines), que ce livre fait complètement l'impasse dessus, vu que c'est pas le sujet. Globalement, ce livre ne m'a intéressée que dans le cadre où les femmes de dictateur avaient un rôle dans la politique dudit dictateur, le reste me semblait plus être du voyeurisme qu'autre chose (je suis pas sûre d'être bien claire, mais j'arrive plus à m'exprimer, bouuuuh). Sinon j'ai repéré des fautes d'accord assez énormes (au moins trois), et j'ai vu un magnifique "au plus au point" au lieu de "au plus haut point".
Fahrenheit 451, de Ray Bradbury: J'ai déterré une mine, là. Bradbury écrit bien, et en plus le bougre a eu une idée de génie en parlant d'un futur où tout est technologique et où la culture (donc les livres) est brûlée. Il faut lire les sortes de discours des personnages, c'est incisif, nerveux, ça va droit au but. J'ai relevé quelques citations: "Un livre est un fusil chargé dans la maison d'à côté" et "Si ça se trouve, il a fallu toute une vie à un homme pour mettre certaines de ses idées par écrit, observer le monde et la vie autour de lui, et moi, j'arrive en deux minutes et boum! tout est fini". Cela dit, deux ou trois fois j'ai été prise au dépourvu, parce que l'auteur prenait des raccourcis. Par exemple, il sort de chez lui, va à la caserne (le héros est pompier, il brûle les livres) et là l'auteur nous dit qu'il avait pris un livre (pour de vrai je me souviens plus si c'est ça, mais c'est pour être claire). Voilà, c'est pas grand-chose, mais sur le coup ça désarçonne. Je trouve aussi que l'histoire ralentit vers le milieu. Faut dire que dès le début la barre était placée très haut. D'ailleurs j'aime bien la fille du début, Clarisse. Elle sent l'innocence, la nature et la spontanéité dans ce monde médiatisé, abruti, bétonné et illusoire. Il faudra que je relise ce livre dans quelques années, pour bien l'assimiler. Et il faut que je lise d'autres bouquins de Bradbury.
(Vous allez me tuer, je crois, c'est super long.)