La passionnante vie de Naëlle

Bon faut bien le dire, le titre de ce blog c'est de la publicité mensongère, ma vie est tout sauf passionnante. Mais je peux pas m'empêcher de la raconter, j'y peux rien!

24 septembre 2012

Lectures de l'été

On m'a soufflé que l'automne a commencé il y a deux jours et que je n'ai pas posté de compte-rendu de mes lectures. J'avais complètement oublié mais ça tombe bien, parce que je me demandais ce que je pourrais bien raconter dans mon prochain article.

J’ai très peu lu cet été, pour la mauvaise raison que je devais lire des livres pour le mémoire. Comme j’ai décidé de prendre des notes chapitre par chapitre, j’ai mis beaucoup plus de temps et j’avais moins envie de m'y mettre. Mais j’ai quand même lu quelques petites choses à côté. Et, comme je suis pleine de grâces très gentille et que j'ai un sens inné de la mise en page, vous remarquerez que j'ai décidé de présenter mes lectures autrement pour que ce soit plus aéré et que vous puissiez pleinement savourer l'étendue de mon talent de critique.

 

La ballade de l’impossible
Haruki Murakami

Un homme, Watanabe, se souvient de ses premières années de fac, pendant lesquelles il a retrouvé Naoko, la petite amie de son meilleur ami (Kizuki) qui s’est suicidé à 17 ans. Une relation assez étrange s’est tissée entre eux jusqu’à ce que Naoko parte dans un établissement spécialisé où elle essaie de soigner « sa maladie ». C’est le mot employé pour dire qu’elle est suicidaire. Watanabe entretient alors une relation à distance avec elle et commence en même temps à s’attacher à une autre fille rencontrée à la fac, Midori. Le livre nous raconte la vie de Watanabe : ses sentiments vis-à-vis de Naoko, Kizuki, Midori, des gens.

En fait, j’ai du mal à faire un résumé qui donne envie de lire le livre. Comme je le décris, on dirait que c’est un bête roman où le personnage principal raconte sa petite vie (oui parce que c’est à la P1). Alors oui, c’est ça, mais il y a plus. C’est-à-dire que le personnage ne raconte pas seulement sa vie, il y a aussi toute une réflexion derrière sur la société, la vie, la mort, le passage à l’âge adulte, et tout ça m’a parlé et m’a paru très vrai. Par exemple, Watanabe est un garçon à qui personne ne parle vraiment parce qu’il passe un peu pour un ovni. Du coup, il a un regard assez distant sur ce qui l’entoure, il décrit très bien le comportement des gens, et c’est là qu’on comprend que ce n’est pas lui qui est fou mais les gens et la société. Tout le problème de Naoko est de ne pas réussir à s’intégrer à ce monde de fous.

Aussi étrange que ça puisse paraître, je trouve que le roman n’est vraiment très intéressant que lorsque Watanabe est en présence d’une femme : soit Naoko, soit Midori, soit Reiko, ou lorsque ses pensées sont plus ou moins liées à une de ces personnes. Sinon, il est intéressant, sans plus, au début du moins, parce que par la suite on est totalement dedans. En fait, ce sont ses relations avec elles (enfin, surtout Naoko et Midori) qui lui permettent d’avancer et de comprendre certains aspects de la vie. Le seul reproche que je pourrais faire, c’est l’abondance de phrases qui finissent par « n’est-ce pas ? » et « vous voyez ». Je ne sais pas si c’est parce qu’en japonais il existe des expressions de ce type qu’on retrouve à chaque détour de phrase, comme le « isn’t it » anglais, mais en tout cas je trouve ça vraiment lourd en français.

Bref, une fois de plus avec Murakami, j’ai du mal à expliquer ma pensée, mais c’est vraiment un très bon roman.

 

Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants
Kenzaburô Ôé

L’action se déroule pendant la guerre russo-japonaise, au début du XXe siècle. L’un des garçons qui constituent une troupe d’enfants d’une maison de correction toujours en mouvement depuis le début de la guerre raconte ce qui arrive à son groupe lorsqu’ils parviennent jusqu’à un village dans les montagnes : à cause d’une épidémie, les villageois quittent le village et abandonnent les enfants à leur sort. La configuration du terrain fait qu’ils sont coincés dans le village. Trois enfants ressortent du lot : celui qui raconte (qui fait en quelque sorte office de chef), son petit frère et un dénommé Minami. À part Minami, on ne connaît jamais le nom des autres enfants. La vie s’organise dans le village en l’absence des villageois. Les enfants volent leur nourriture pour survivre et s’ennuient parce qu’ils n’ont rien à faire. Ils découvrent une petite fille restée auprès de sa mère morte de l’épidémie, un jeune Coréen nommé Lee resté auprès du cadavre de son père, et un déserteur. La vie se déroule « normalement » jusqu’à ce que l’épidémie se manifeste une nouvelle fois et fasse paniquer tout le monde, puis les villageois reviennent et la sanction tombe.

Mon résumé n’arrive pas à décrire l’ambiance du roman. C’est très cru, terre-à-terre. Par exemple, avant que les villageois ne s’en aillent, les enfants ont pour tâche d’enterrer les animaux morts de l’épidémie : Ôé n’hésite pas à décrire les viscères sortant du ventre des animaux, les mouches qui leur tournent autour, les vers qui grouillent dans leurs intestins. Le sexe est présenté de manière assez vulgaire, la plupart du temps, et la pisse et les défections sont clairement évoquées. Parallèlement, on a les considérations du personnage principal sur la liberté, les hommes, la vie, la mort. On ne ressort pas de ce livre avec une très belle image de l’homme ; c’en est même un peu déprimant. En fait, j’ai vraiment du mal à développer. Je pense qu’il y avait plein de choses à comprendre mais ça m’est passé au-dessus de la tête. Du coup, je n’ai ni aimé, ni détesté et je ne sais pas trop quoi penser de ce livre.

 

L’Enchanteur
René Barjavel

Je ne vais pas faire de résumé vu que le livre raconte plus ou moins fidèlement l’histoire du Graal. Je me contenterai de dire que c’était chouette. J’ai bien aimé l’écriture (même si au début j’ai trouvé qu’il abusait un peu trop des « et » qui se veulent poétiques, j’ai oublié ces répétitions assez vite) et l’histoire, bien qu’elle s’éloigne un peu de l’originale, reste relativement fidèle. Disons que Barjavel y a ajouté son grain de sel. La seule chose qui m’a déplu, c’est lorsque Merlin donne à Bénigne des boîtes de légumes en conserve et fait même apparaître pour les gens du village un supermarché. L’insertion d’objets du futur dans l’histoire du Graal, je le prends assez mal, d’autant que je n’ai pas bien saisi à quoi ça servait. Mais bref, à part ça, j’ai bien aimé.

 

Cosmétique de l’ennemi
Amélie Nothomb

Je devais prendre un livre pas trop gros pour la route, j’ai vu ce bouquin qui traînait dans ma bibliothèque, alors je l’ai pris. Il me semble qu’Amélie Nothomb publie très régulièrement (tous les 6 mois ? un an ?), du coup la qualité très relative de ce « roman » ne m’étonne pas plus que ça. Je dis « roman » entre guillemets parce que tout le livre est en fait un dialogue où il y a très peu de narration. En fait, ce sont quasiment des didascalies. Bref, c’est donc un livre très court, dans lequel un illustre inconnu vient emmerder (c’est dit dans le livre) notre personnage principal à lui raconter sa vie dont notre personnage principal n’a strictement rien à faire, mais il est bien obligé de l’écouter puisqu’il est coincé à l’aéroport en attendant son avion qui a du retard. Arrivé presque à la fin, on a enfin une révélation, ou plus exactement une chute, que je ne vous révélerai pas parce que c’est à peu près le seul intérêt du livre, et encore. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à cette chute mais en fait, comme le début ne m’avait déjà pas passionnée, la chute et la fin (parce que la chute n’est pas à la toute fin (peut-on appeler ça une chute, alors ? Je ne sais pas mais je garde le mot parce que ça a quand même vraiment l’air d’une chute)) ne m’ont pas plus intéressée que ça. En somme, c’est un livre pour passer le temps et qui sera vite oublié.

 

Le Cycle de Merlin, T1, La Grotte de cristal
Mary Stewart

Tenez-vous bien, ce livre est le premier tome d’une trilogie qui promet. Mary Stewart reprend la légende arthurienne en la racontant du point de vue de Merlin et en donnant beaucoup moins d’importance à la magie – même si elle est tout de même présente.

Ce premier tome raconte la jeunesse de Merlin jusqu’au moment où Arthur est conçu (Merlin aidant Uther à entrer dans la chambre d’Ygraine en le faisant passer pour Gorlois). On voit donc la petite enfance du mystérieux enchanteur à la cour de son grand-père, un des rois du pays de Galles, son apprentissage de la magie, de la médecine et d’un certain nombre de choses auprès de l’enchanteur Galapas, puis sa fuite pour la Bretagne auprès d’Ambrosius, héritier légitime du royaume de Grande-Bretagne (Vortigern est un usurpateur). Il apprend d’autres choses (à construire des machines, notamment) puis s’embarque pour la Grande-Bretagne avec Ambrosius et son armée pour reprendre le royaume aux mains de Vortigern. Ambrosius étant mort, Uther, son frère, devient roi et tombe éperdument amoureux d’Ygraine.

Ce livre est excellent pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il est raconté du point de vue de Merlin, qui est présenté non comme un être exceptionnel qui sait tout avant même d’être né mais comme un homme qui est à la fois « un prince, un prophète, un poète et un ingénieur » (ce sont les mots de l’auteur) : vous voyez, très peu de magie là-dedans. Ensuite parce que je trouve que la situation politique et religieuse de la Grande-Bretagne à cette époque, avec l’empire romain déclinant et l’ascension progressive du christianisme au détriment des dieux romains et des anciens dieux, est très bien rendue. Bien sûr, l’auteur a inventé un certain nombre de choses, mais au moins tout le monde n’est pas chrétien jusqu’au bout des ongles (contrairement à Merlin l’enchanteur de Barjavel (qui de toute façon semble beaucoup plus se situer à la fin du Moyen Âge ou à la Renaissance qu’au début du Moyen Âge, mais bon)) en Grande-Bretagne dès le Ve siècle, il reste des personnes pour croire à Mithra et aux dieux des montagnes, des rivières, etc. Enfin, parce qu’on est plongé dans les intrigues jusqu’au cou : j’adore quand l’auteur décrit toutes les stratégies élaborées par les uns et les autres pour conquérir des terres, obtenir plus de pouvoir, etc. On connaît les grands du royaume, quoi, et on voit la situation évoluer au fil des années. Merlin discute avec le roi en personne, il est connu de tout le monde, bref ! il a la classe et, personnellement, j’adore suivre ce genre de personnage.

Un autre élément que je trouve très chouette dans ce livre, c’est que l’auteur joue avec les légendes qu’on connaît en expliquant comment elles se sont « vraiment » déroulées. Par exemple, le fameux combat des dragons rouge et blanc est une grosse entourloupe. En vérité, il n’y a jamais eu de dragons sous la tour que Vortigern voulait construire, c’est simplement que le dragon blanc sur fond vert de la bannière de Vortigern est tombé dans la boue à cause d’un coup de vent tandis que, dans le ciel, une étoile rouge en forme de dragon, symbole d’Ambrosius, passait. Voilà, c’est tout ce qui s’est passé, mais l’histoire a été magnifiée par les poètes et les gens présents sur place, ce qui a donné la légende qu’on connaît.

Bref, c’est un très bon roman – bien écrit, avec ça – que je conseille si on aime – ou pas, d’ailleurs – la légende arthurienne.

 

Le Cycle de Merlin, T2, Les Collines aux milles grottes
Mary Stewart

Cette fois, on reste un peu plus de 15 ans avec Merlin, c’est-à-dire le temps qu’Arthur naisse, ait 14 ans et devienne roi grâce à son épée Caliburn.

Dans ce roman, Merlin emmène Arthur en Bretagne pour qu’il soit élevé dans le secret avant de partir à l’étranger apprendre de nouvelles choses et exercer ses talents de guérisseur. Il revient en Grande-Bretagne pour trouver Caliburn et la mettre à l’abri lorsqu’Arthur a neuf ans puis il s’installe près de son protégé et lui apprend des langues, des histoires et autres petites choses. Enfin, il est temps de le faire reconnaître comme le fils légitime d’Uther. Arthur gagne une bataille, couche avec sa demi-sœur Morgause, fille illégitime d’Uther, et devient roi à la mort d’Uther, après avoir récupéré Caliburn.

Une fois de plus un excellent roman. Je ne vois pas trop quoi dire d’autre, ce que j’ai dit pour le tome 1 valant également pour le tome 2.

 

Le Cycle de Merlin, T3, Le Dernier Enchantement
Mary Stewart

Pour ce dernier tome (en fait, il y a deux autres romans qui n’ont pas été traduits (c’est scandaleux) mais ce n’est pas Merlin qui raconte), on reste avec Merlin jusqu’à ce qu’il soit un vieillard vénérable qui prend sa retraite, laissant Arthur se débrouiller avec le Graal et son rejeton, Mordred.

Merlin est le conseiller d’Arthur dans ses premières années de règne, accomplit quelques tâches fastidieuses pour lui (comme retrouver l’enfant qu’il a conçu avec Morgause, Mordred) et établit les plans de Camelot, la forteresse que veut se faire construire Arthur. Mais, les années passant, Merlin se fait vieux et n’a plus autant de pouvoirs qu’avant. Il finit par rencontrer Nimuë (qu’il prend d’abord pour un garçon), une jeune fille qui possède certains « dons ». Il lui apprend tout ce qu’il sait, puis Arthur lui dit que c’est une fille. Ils ont une histoire puis Merlin fait une espèce de syncope et tout le monde le croit mort. Il réussit à sortir de son tombeau et, comme Nimuë est désormais reconnue comme étant l’enchanteresse du roi, la fameuse Dame du Lac, il se retire et mène une existence paisible de vieillard.

Encore une fois, c’était un chouette roman. Il y a moins d’action (surtout à la fin), puisque Merlin n’est plus fait pour gambader gaiement à travers le pays, mais ça reste tout de même intéressant dans la mesure où ce n’est plus lui qui vient au danger mais le danger qui vient à lui : le poison que Morgause a mis dans son vin qu’il n’a pas su détecter et qui l’a rendu fou, les brigands qui veulent lui faire la peau lorsqu’il attend Arthur… En fait, c’est bien simple, Merlin est dépassé par les événements. Beaucoup de choses se passent dans ce roman qu’il n’a pas su prévoir ou simplement voir.

En conclusion, ce n’est pas une trilogie qui met en scène des batailles grandioses mais plutôt tout le travail « souterrain » qu’a fourni Merlin, par petites touches, tout au long de sa vie, pour qu’Arthur puisse un jour être roi et, en conséquence, unifier la Grande-Bretagne.


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