La passionnante vie de Naëlle

Bon faut bien le dire, le titre de ce blog c'est de la publicité mensongère, ma vie est tout sauf passionnante. Mais je peux pas m'empêcher de la raconter, j'y peux rien!

21 juin 2012

Lectures du printemps

Hello la compagnie ! En ce moment, je suis en Bretagne avec mes coupines et pas vous, haha ! Mais, pourquoi poster un article alors que presque toutes les personnes qui me lisent sont avec moi en Bretagne, me direz-vous ? Parce que l’été, c’est le 21 juin et que je poste mes avis sur les livres que j’ai lus pendant la saison à chaque solstice ou équinoxe. Ne me demandez pas pourquoi je fais ça, je n’en sais rien. Bref, je vais finir de parler de mes lectures universitaires, ensuite je m’étendrai sur quelques romans fantasy, fantastique et austeniens, et enfin j’attaquerai les livres japonais que j’ai achetés au Salon du Livre !

Madame Bovary, de Gustave Flaubert : C’est la troisième fois que je lis ce livre et c’est la troisième fois que j’aime bien. Je dirais même que j’aime tout court. C’est drôle parce que avec Flaubert on trouve toujours des choses à comprendre, même à la troisième lecture (et je dirais même surtout à la troisième lecture). Comprenez par là qu’à la première lecture, on lit l’histoire. À la deuxième, on fait un peu plus attention à l’écriture et on commence à comprendre certaines choses. À la troisième, on comprend d’autres choses, plus ou moins frappantes. Mais on n’a certainement pas tout compris.
Bref, vite fait, c’est l’histoire d’une fille qui voudrait vivre la vie d’une héroïne romanesque. Sauf que c’est Flaubert qui écrit son roman, donc c’est tout sauf romantique. Emma attend désespérément un événement qui ne vient pas, ce qui lui fait faire des bêtises : elle trompe son mari deux fois et s’endette. Elle essaie de se comporter comme une héroïne romanesque avec ses amants mais ils ne sont pas à la hauteur et c’est plus ridicule qu’autre chose. Elle se suicide parce qu’elle n’a pas réussi à éponger la dette qu’elle devait à M. Lheureux, un vrai arnaqueur.
C’est vraiment un résumé très grossier mais je ne peux pas développer plus sans écrire des pages et des pages. Mon avis : l’écriture de Flaubert est excellente, certains passages sont énormes. Par exemple, quand Emma pense que la conversation de Charles est « plate comme un trottoir de rue » ! Tout le style de Flaubert se révèle à l’apparition, au détour d’une phrase, d’un « et » tout ce qu’il y a de plus banal à première vue, mais qui annonce en fait une analyse du comportement ou des sentiments d’Emma. La fin est vraiment très bien faite, et j’aime beaucoup la petite scène où on voit Justin pleurer devant le tombeau d’Emma et je ne sais plus qui (Lestiboudois ?) arriver et en conclure, pendant que Justin s’enfuit, que c’est lui le responsable du vol de ses légumes. Personne ne comprend que Justin est peut-être le seul à avoir aimé Emma comme elle aurait voulu l’être.   

Dom Juan, de Molière : Troisième lecture également et pas grand-chose de plus à dire sur cette pièce. Sûrement ma préférée de Molière de par ses thèmes (la religion et l’hypocrisie), mais maintenant j’en ai un peu soupé.

Benito Cereno, d’Herman Melville : Je n’ai pas du tout aimé. J’ai trouvé cette novella ennuyeuse du début jusqu’à la révolte, et ensuite on retombe dans l’ennui puisque l’auteur reproduit le rapport qui a été lu à la cour de justice quand on a jugé le cas des nègres qui s’étaient révoltés contre le capitaine Benito Cereno. Pendant tout le livre, on voit le navire par les yeux du capitaine Delano, monté à bord pour venir en aide à ces gens manifestement dans la panade vu l’état du bateau. Benito Cereno fait comme si tout allait bien, alors qu’en réalité les nègres ont pris le pouvoir, ont tué un bon nombre des passagers du bateau, projettent de tuer le capitaine Delano et ses hommes une fois la nuit tombée et menacent de tuer Benito Cereno s’il fait quoi que ce soit pour faire comprendre à Delano qu’il y a anguille sous roche. On passe donc tout le livre à regarder Delano s’interroger sur de curieux événements, à se dire que non, c’est impossible, quoique tout de même, il a vu des choses bien étranges à bord de ce navire… Bref. Je n’ai pas aimé.

L’Héritage, tome 4, de Christopher Paolini : Compte tenu de la qualité relative des autres tomes, celui-ci est plutôt bon. J’avais adoré les deux premiers tomes (vers 15-16 ans), mais à la relecture le premier était fastidieux ; le deuxième restait sympa. Le troisième, en revanche, était une vraie calamité. Entendez par là que l’action est arrivée à la toute fin du livre. Avouez que pour un roman fantasy, c’est problématique. Je n’ai pas vraiment de souvenirs de ce troisième tome, si ce n’est le périple de Roran et les villageois jusqu’aux Vardens (que je n’ai pas aimé), le voyage formidablement ennuyeux dans le désert d’Eragon et Arya après (ou avant ?) s’être débarrassé du père de Katrina (la fiancée de Roran), et cette fin au soleil couchant qui se veut grandiose mais qui se révèle ridicule parce que Paolini n’a pas le talent de Tolkien. BREF.
Le tome 4 est consacré à la conquête de l’Empire par l’armée Vardens et, bien sûr, au combat contre Galbatorix. Il est ennuyeux jusqu’au siège de Dras-Leona (chapitre 17), mais ensuite ça devient plus ou moins intéressant : il y a des combats, des stratégies, des pertes… Tout ce qu’on attend dans un bouquin de fantasy. Le vrai problème, ce sont les descriptions. Elles sont longues et n’aident pas toujours à visualiser le tableau. Par exemple, lorsque Roran prend la ville d’Aroughs, je n’ai strictement rien compris à leur stratégie de canaux avec l’ardoise et l’eau qui projette les embarcations suffisamment fort pour qu’ils puissent entrer dans la ville. Autre mauvais point, à mon sens, c’est qu’on est trop centré sur Eragon. Eragon m’énerve, pour info. Donc j’aurais bien aimé être un peu plus avec Nasuada (quand elle parle politique, stratégies et autres sujets relatifs à la guerre) et Murtagh, qui est à mon sens un personnage beaucoup plus intéressant qu’Eragon. Son enfance et ses sentiments ont été esquissés mais pas développés. Enfin, dernier gros mauvais point, c’est la fin. Le combat final est bien rendu, mais l’auteur met 8 chapitres à clore l’histoire. C’est un peu trop long. Ҫa tergiverse, ça voyage à gauche à droite, ça apprend des mois plus tard ce que tout le monde a compris depuis longtemps concernant le dragon vert sur la couverture, et ça finit par une décision que je réprouve totalement, même si finalement c’était la seule possible. Je ne peux pas en dire plus sans spoiler.
Le bilan a l’air négatif, mais si on fait le compte, on n’a que 25 chapitres à jeter (les premiers et les derniers) sur 78. Quoi qu’il en soit, ce tome clôt plutôt bien la trilogie devenue tétralogie. Paolini ne s’en sort pas trop mal, je trouve. Reste que cette saga n’est pas vraiment transcendante.

Le Voleur de corps, tome 4, d’Anne Rice : Roman décevant. Le sujet de ce livre, très vite, c’est que Lestat veut échanger temporairement son corps de vampire contre un corps humain, celui du voleur de corps, un homme qui lui propose l’échange pour la modique somme de dix millions de dollars. Petit hic : l’échange n’a lieu qu’au dixième chapitre. Jusque-là, on s’ennuie ferme. Lestat passe son temps à se balader et à décrire des villes, des gens, à tourner en rond avec David (le chef du Talamasca). Dans tout ça, il essaie quand même de se rôtir dans le désert de Gobi, mais je n’ai pas bien saisi l’intérêt.
Mais bref, ensuite il fait l’échange, il se rend compte que le voleur de corps n’avait pas du tout l’intention de lui rendre son corps car, comme son nom l’indique, le voleur de corps est un voleur, et c’est tout de suite plus intéressant. Lestat refait donc l’expérience de la vie dans un corps humain et c’est assez drôle la manière dont il se rend compte qu’il avait complètement idéalisé la chose. Une fois remis d’une très mauvaise grippe, il se lance à la poursuite de son corps avec David parce que les vampires ont refusé de l’aider. Ҫa permet à l’auteur de développer leur relation mais j’ai l’impression qu’il y a des choses qui n’ont pas été développées. Par exemple, au début, la jeunesse de David semble très importante, on pense que ça va revenir sur le tapis par la suite et avoir des conséquences sur l’intrigue, mais en fait non, rien. J’ai peut-être mal compris le roman, aussi, c’est possible. Pas dans le bon esprit, tout ça.

Parade, de Shuichi Yoshida : Une bonne surprise ! C’est un des romans japonais que j’ai achetés au Salon du Livre. Quatre personnes vivent en colocation dans un appartement à Tokyo. Ils racontent chacun un bout de leur vie : leur vie personnelle, leurs relations avec les autres colocataires, leurs réflexions sur la vie à Tokyo et la vie tout court, etc. Vient se greffer à eux un petit nouveau, Satoru, un garçon qui se prostitue et a le don de s’adapter à n’importe quel environnement parce qu’il arrive à comprendre les gens et à adopter l’attitude qui convient pour qu’ils l’acceptent, si bien que personne ne peut dire s’il s’est montré sous son vrai jour ou s’il a menti.
Ce livre se lit très rapidement parce que l’écriture mime la pensée des personnages. C’est un style ni trop familier, ni trop soutenu, équilibré pile comme il faut. Si je dois citer un défaut, ce serait peut-être qu’on voit trop l’auteur derrière les personnages ; je veux dire par là que certaines expressions reviennent chez les uns ou les autres qui sont normalement propres à une personne. Par exemple, Ryosuke, l’étudiant, commence une phrase par « Bémol : blablabla » et Mirai, la dessinatrice, fait exactement la même chose. Ils n’ont pas ces petits tics d’expression propres à chacun.
Mais les personnages sont tellement différents dans leur caractère, leur psychologie, leur façon de voir les choses que ça compense à mon sens ce petit problème. Ryosuke, l’étudiant, m’a beaucoup fait rire parce qu’il est complètement paumé. Koto, la belle fille amante d’un jeune acteur populaire, est plus intelligente qu’elle n’en a l’air dans la partie de Ryosuke. Mirai est la philosophe du groupe et a bien cerné certaines caractéristiques de ses colocataires ; Satoru m’a paru plus imperméable, l’écriture plus « classique ». Naoki, le plus âgé et employé dans une entreprise dans le monde du cinéma, est un peu effrayant mais finalement assez touchant parce qu’il est comme Ryosuke, en fait : complètement perdu dans ce monde qui va trop vite pour lui.
J’ai du mal à être claire, j’aurais dû écrire mon commentaire juste après ma lecture, mais c’est vraiment un chouette roman qui joue beaucoup sur l’implicite (je soupçonne Mirai d’avoir été violée par son père, par exemple) et qui mériterait une deuxième lecture pour bien faire le lien entre les différentes parties. Je me jette sur Park Life dès que j’ai fini les livres que j’ai achetés au Salon du Livre et j’espère vivement que ses autres romans seront traduits prochainement.

Love & Pop, de Ryû Murakami : Étrange roman. Il se focalise sur la journée d’une lycéenne qui décide d’accepter des rendez-vous avec des hommes (manger avec eux pour leur tenir compagnie, aller dans un karaoké, voire carrément coucher avec eux) afin de s’acheter une bague. C’est vraiment très spécial parce qu’on alterne pensées d’Hiromi (le personnage principal), description froide des événements, écoute des messages de filles ou d’hommes pour des rendez-vous, écoute des gens qui parlent à un McDo, au téléphone, dans la rue, à la télé, à la radio. On est un peu assommé par tout ça, ce qui fait que je ne pense pas que ce soit une lecture qui se fait d’une traite. Il y a une violence latente dans ce livre. Je ne sais pas trop quoi en dire, en fait. Je n’ai ni aimé, ni détesté.

Persuasion, de Jane Austen : Petite déception. Pour rappel, j’ai commenté Orgueil et Préjugés et ses œuvres de jeunesse. Je ne sais pas pourquoi je n’en ai pas parlé, mais j’ai aussi lu L’Abbaye de Northanger et Raison et Sentiments. En gros, jusqu’à maintenant, j’ai toujours beaucoup apprécié ce que Jane Austen a fait. Mais là, avec Persuasion, c’est autre chose. Pour info, Persuasion est le dernier roman terminé par Jane Austen, j’ai donc sauté allègrement par-dessus Mansfield Park et Emma. Persuasion est réputé être un roman de transition, c’est-à-dire que si l’auteur n’était pas morte avant, son style serait passé à l’étape supérieure ; Persuasion est une sorte de champ d’expérimentations. En attendant, pour moi, ça reste un roman à l’eau de rose (ce qu’Orgueil et Préjugés, L’Abbaye de Northanger et Raison et Sentiments ne sont PAS).
Concrètement, Anne passe la plus grande partie du livre à essayer de rester calme face au capitaine Wentworth, l’amour de jeunesse (elle a maintenant 27 ans) avec qui elle se serait mariée si ses proches n’avaient pas manifesté leur désaccord : elle a été persuadée de renoncer à ce mariage, d’où le titre. Donc, elle se fait des films tout au long du livre. C’est un peu énervant. Heureusement, la déclaration d’amour de Wentworth (je ne spoile personne, vous vous doutez bien que les deux finissent ensemble. La question est toujours de savoir comment, chez Austen) vaut son pesant d’or. En revanche, je trouve que certains aspects restent problématiques. Là, je ne peux pas trop parler sans spoiler, mais grossièrement – ceux qui ont lu le livre comprendront – la question du devenir du château de Kellynch à la mort de Sir Walter reste entière, ou alors je n’ai rien compris à ces histoires d’héritage.
Parlons rapidement de l’adaptation de la BBC avec Sally Hawkins : je l’ai trouvée archi nulle. Vraiment. Le téléfilm accentue à outrance les sentiments d’Anne. Elle passe son temps à pleurnicher et à être un poids pour tout le monde alors que dans le livre elle supporte tout courageusement et se comporte comme une infirmière auprès de sa famille (hormis avec son père et sa sœur aînée). Je n’ai pas compris pourquoi elle regardait droit vers la caméra (c’était limite effrayant, d’ailleurs). Le changement d’attitude chez Wentworth est, je pense, difficilement compréhensible pour qui n’a pas lu le livre parce qu’on n’a justement pas assez vu le rôle d’infirmière d’Anne dans le film et sa force de caractère. Et, surtout, je ne comprends pas pourquoi la fin n’est pas celle de la version définitive de Persuasion. Pour information, l’auteur avait écrit une première fin qui ne lui convenait pas parce qu’elle était trop plate et classique, elle en a donc écrit une seconde, qui est finalement restée. Le film reprend la première version. Bref, cette adaptation ne m’a pas plu du tout.

Mansfield Park, de Jane Austen : C’est un looong roman (au moins deux fois plus gros que Persuasion), le quatrième d’Austen.
C’est l’histoire d’une jeune demoiselle, Fanny Price, qui est prise en charge par la famille Bertram : lady Bertram est la sœur de la mère de Fanny. Cette dernière ayant fait un mauvais mariage et ayant une ribambelle d’enfants, son autre sœur, Mme Norris – qui vit à côté de Mansfield –, propose de prendre en charge Fanny, l’aînée des filles Price. Dans les faits, Mme Norris étant une femme détestable, seule la famille Bertram s’occupera de Fanny et Mme Norris n’apportera même pas un sou pour son éducation. Bref, on voit Fanny de ses dix ans à ses dix-huit ans, âge pendant lequel se passe l’action. Au fil des années, Fanny s’est beaucoup rapprochée de son cousin Edmund, au point d’en tomber amoureuse. Le problème, c’est qu’Edmund ne s’en rend pas du tout compte parce que Fanny est une grande timide qui se sous-estime à cause de sa situation sociale. Arrivent les Crawford, frère et sœur, un beau duo de gens apparemment aimables mais en vérité médiocres. Edmund tombera amoureux de Mary Crawford, Henry Crawford utilisera son charme ravageur sur les deux cousines de Fanny avant de tomber éperdument amoureux d’elle et de vouloir l’épouser. Petit hic : Fanny ne l’aime pas ; comprenez par là qu’elle ne peut pas le voir en peinture. La question est de savoir si elle va se résoudre à épouser Henry Crawford, fortuné, ou Edmund Bertram, son amour de toujours.
J’ai bien aimé mais, comme Persuasion, Mansfield Park souffre d’un problème de rythme, à mon avis. C’est-à-dire qu’on s’ennuie la moitié du livre parce qu’il ne se passe rien. Bien sûr, on nous raconte l’enfance de Fanny, comment elle est traitée dans sa famille d’accueil (pas très bien), l’arrivée des Crawford, les liens qui se nouent, etc., mais dans tout ça Fanny est beaucoup trop effacée. C’est normal, vous me direz, vu qu’elle est timide, mais il y a des chapitres entiers où l’auteur ne parle pas d’elle, ne donne même pas l’opinion qu’a Fanny de la situation. Mais, en même temps, cette première partie ennuyeuse me semble essentielle pour qu’on comprenne bien la situation de Fanny (on lui a bien fait comprendre qu’elle était presque une moins que rien, que les Bertram étaient bien généreux de la prendre en charge, que ce serait merveilleux si elle faisait un mariage avantageux mais que, tout de même, il ne faut pas trop rêver…).
Vers le milieu, heureusement, ça devient vraiment intéressant, parce que Sir Thomas Bertram (le père de famille, maître de Mansfield) commence enfin à se soucier de sa nièce et à se dire qu’elle est bien jolie et qu’il faudrait peut-être qu’elle fasse son entrée dans le monde. On organise donc un bal en son honneur, Crawford lui fait la cour, puis sa demande, elle refuse, Sir Thomas est consterné parce que ce mariage lui paraissait tout à fait convenable, etc. Elle revoit enfin sa famille et ensuite vient le dénouement, passionnant. La fin me paraît un peu trop posée, distante, mais bon, je l’aime bien quand même.

Conte de la première lune, de Keiichiro Hirano : Ce court roman me laisse une impression mitigée. C’est l’histoire d’un jeune poète romantique japonais qui aime régulièrement tout laisser tomber pour partir en voyage afin de se sentir un peu vivant. Il se fait mordre par un serpent et il est soigné par un moine qui habite dans la montagne. Pendant sa convalescence, il observe le jardin entretenu par le moine, rêve d’une belle femme et a parfois des « crises » qui lui font penser qu’il est toujours dans la forêt en train d’agoniser à cause du serpent.
Comme je le disais, j’ai un avis mitigé sur ce roman, et ce pour plusieurs raisons. D’une part, l’écriture. Pendant la première moitié du livre, j’ai trouvé le style froid, distant et un peu trop pompeux, parfois. Mais quand Masaki se retrouve chez le moine puis dans une auberge au pied de la montagne, ça devient plus intéressant parce qu’à partir de là la réalité et le rêve se confondent, on ne sait plus bien où est le personnage. Le seul passage que j’ai trouvé vraiment très bien écrit, c’est lorsque l’aubergiste raconte l’histoire qui a trait à la belle femme du rêve de Masaki. D’autre part, ce qui me gêne, c’est que je ne sais pas trop comment interpréter cette histoire. L’auteur se lance souvent dans des considérations philosophiques qui m’ont laissée perplexe et je n’ai pas compris le fin mot de l’histoire. D’un côté, c’est beau mais, de l’autre, ça nous laisse insatisfait parce que Masaki disparaît totalement (je ne peux pas trop développer sans spoiler).
Donc voilà, l’écriture ne m’a pas convaincue (d’ailleurs, j’ai relevé au début quelques méchantes coquilles) et je n’ai pas bien compris la « morale » de l’histoire mais, en même temps, on ne peut pas dire que la lecture ait été désagréable.

Le chat qui venait du ciel, de Takashi Hiraide : Chouette petit roman ! Un couple sans enfant louant une maison dans la banlieue de Tokyo voit soudain apparaître dans son magnifique jardin un chaton vif comme l’éclair. Le couple s’attache à la petite bête et réussit malgré l’interdiction de la propriétaire d’avoir des animaux à lui faire un petit nid douillet dans la maison. En réalité, Chibi – c’est le nom du chat – appartient à leurs voisins, mais le chat semble être partagé entre les deux familles et se comporte d’une manière totalement différente selon qu’il est avec l’une ou avec l’autre. Impossible pour le couple de le prendre ou même de le caresser et Chibi ne miaule jamais, mais le couple lui donne à manger, une petite soucoupe de lait, un coussin pour la sieste, lui aménage une entrée et joue avec lui dès que le chat le désire. Chez les voisins, Chibi se laisse caresser et miaule à tout va. On ne sait pas vraiment d’où vient ce chat et on ne sait pas non plus pourquoi on le retrouve mort à l’endroit où il a été vu pour la première fois. Chibi est un chat mystérieux, et c’est pour ça que le couple s’est tant attaché à lui.
J’ai beaucoup aimé cette histoire parce que j’ai parfaitement imaginé les réactions de Chibi dans toutes les situations du quotidien : comment il s’éloigne précipitamment pour ne pas être caressé, comment il réclame qu’on lui grille un petit poisson, comment il joue avec la balle de ping pong… Bref, quand on a soi-même un chat, on ne peut qu’être sous le charme de ce matou matois. Mais ça n’aurait pas été si bien si l’auteur n’avait pas raconté son histoire avec autant de poésie. J’étais parfois un peu ennuyée par les descriptions de la maison, mais celles du jardin et de tous les petits êtres qui y vivent étaient très sympas, c’est plein de verdure, de fleurs, d’eau ; c’est un jardin un peu désordonné et qui est de moins en moins bien entretenu au fil du livre, mais c’est charmant. J’étais parfois un peu déconcertée par certaines phrases, cela dit, comme si elles étaient « rallongées ». Je veux dire par là que j’avais la sensation qu’à la fin de la proposition il y aurait un point, mais en fait non, il y a une virgule et la phrase continue, comme une hyperbate. Mais bref, ce court roman est très poétique, charmant comme tout. Il n’est pas vraiment transcendant mais j’ai vraiment bien aimé.

Je suis un chat, de Natsume Sôseki : C’est un roman de plus de 400 pages qui devient de moins en moins bien au fil des chapitres (il y en a 11). Un chat qui n’a pas de nom est plus ou moins adopté par un professeur d’anglais, le professeur Kushami, une sorte de clone de Sôseki lui-même. Ce chat se fait un devoir de décrire tout ce qui se passe dans la maison de son maître, le tout de manière comique. On n’est pas plié de rire mais il y a vraiment des moments où l’ironie transpire tellement qu’on n’en est pas loin (de rire). On voit défiler tout au long des chapitres les personnages récurrents (Meitei, Kangetsu, la femme du professeur, les Kaneda, etc.), qui sont inspirés des personnes que Sôseki fréquente. À la base, ce livre a été publié par chapitre dans une petite revue parce que le directeur de ladite revue voulait combler un trou dans son magazine. Sôseki invente donc cette histoire de chat qui observe la vie de Kushami-Sôseki : ainsi Sôseki s’inspire directement de sa vie et peut écrire les chapitres relativement rapidement. Le « fil directeur » (je mets des guillemets parce que c’est parfois très loin d’être le sujet principal) du roman est le mariage qui se profile entre Kangetsu, l’étudiant en physique, et la fille qui se donne des airs de la riche famille Kaneda.
J’ai vraiment adoré les premiers chapitres, disons jusqu’au troisième, et bien aimé les suivants, jusqu’au sixième, mais ensuite on sent que Sôseki commence à se lasser, ne sait plus trop quoi dire, alors il se lance dans des paragraphes de plus d’une page (et quand on sait combien c’est écrit petit, on souffre) sur des considérations dont à peu près tout le monde se moque complètement. C’est plus ou moins fait exprès, par exemple à un moment le chat nous raconte un cambriolage qui a lieu en pleine nuit et dont il est le seul témoin, et comme ça, tout d’un coup, il se met à philosopher sur je ne sais plus trop quoi alors qu’on meurt d’envie de savoir s’il sait qui est le voleur et ce qu’il va voler précisément. Et il n’hésite pas à nous dire à la fin de son raisonnement : « Je ne sais plus exactement pourquoi je vous ai parlé de ça, mais en tout cas il fallait que je le dise. » Là, si ce n’est pas une parodie des romans où on se lance dans une longue réflexion sur la vie, la mort et autres alors qu’il y a de l’action et que le lecteur aimerait bien qu’on lui épargne ce genre de banalités, je suis prête à me jeter par la fenêtre. Il n’empêche qu’au bout d’un moment, ce procédé est un peu lourd.
Mais je vais revenir aux premiers chapitres, les meilleurs. Au début, il n’est pas du tout question de mariage, le chat se contente de parler un peu avec les chats du voisinage, de dire combien son maître est bête, de retranscrire les histoires extravagantes de Meitei, et le fait que tout ça soit raconté par un chat rend la chose assez amusante. À partir du troisième chapitre, le mariage se profile et ça devient moins intéressant parce qu’on ne se focalise plus sur le chat, il n’est que le médiateur entre nous et les personnages. Cette histoire retombe un peu, on revient au chat, mais ce qu’il raconte sur, par exemple, la nécessité pour un chat de faire de l’exercice et la meilleure façon selon lui d’en faire, n’a pas grand intérêt. Il raconte ensuite comment les élèves de l’école du Nuage Descendant jouent des tours à Kushami et on n’apprend qu’à la fin du chapitre que les farces des élèves sont commanditées par Kaneda, parce que Kushami n’a pas été très aimable envers la mère Kaneda ni très favorable au mariage de Kangestu avec sa fille. Bref, vous voyez, ça ne se rattache que très superficiellement au "fil directeur" : ça s’embourbe.
Il reste que ce roman est très intéressant à plusieurs égards. Je ne vais pas me lancer dans la rédaction d’un mémoire pour la bonne raison qu’aucun professeur de la fac ne s’intéresse à la littérature japonaise, mais il y a vraiment plein de choses à dire sur ce roman : la manière dont le chat lit littéralement dans les pensées du professeur Kushami, l’ironie, le rapport réalité/fiction, l’influence de la religion, la représentation de la société…


Commentaires

    "Le voleur de corps" je suis d'accord avec toi, j'ai vu mieux chez Anne Rice. A vrai dire, depuis "La reine des damnés" j'ai seulement commencé à retrouver un peu de mayonnaise avec "Le domaine Blackwood". Tout les romans qu'elle a écrit entre les deux m'ont laissé sur ma faim.

    Posté par Prosorrifique, 16 juillet 2012 à 23:22
  • Ça n'augure rien de bon, mais je supporte pas l'idée de sauter des tomes, donc je ferai avec... ou j'arrêterai.

    Posté par Naëlle, 18 juillet 2012 à 20:18
  • Ce que j'ai pas aimé dans les suivants (là encore pour celui-ci ça va et pour Memnoch le démon aussi) c'est le fait de revenir en arrière (Le sang et l'or, Armand le vampire, Merrick). Moi je n'adhère pas, j'ai l'impression de regarder un match de foot en différé, l'impression d'avoir raté la fête en fin de compte. Je sais pas si tu comprends ce que je veux dire ? A partir du Domaine Blackwood, la série reprends sa chronologie et c'est tant mieux. D'ailleurs je n'ai toujours pas lu Cantique Sanglant. Sinon, tu as lu les différents tomes des sorcières ?

    Posté par Prosorrifique, 22 juillet 2012 à 20:59
  • Je vois ce que tu veux dire, même si personnellement ça me gêne pas (enfin, en principe).
    Non, pas encore. C'est ma prêteuse officielle qui me dira quand je dois les lire (pendant ou après la saga des vampires)!

    Posté par Naëlle, 24 juillet 2012 à 17:44
  • Ta "prêteuse officielle" c'est moi ou tu as trouvé quelqu'un d'autre ?

    Si je peux ajouter mon grain de sel au débat, je dirais que Cantique Sanglant mérite d'être lu parce que Rowan rencontre Lestat. Et j'ajouterais que la chronologie disloquée ne me pose pas de problème contrairement aux bondieuseries qui innondent certains des livres d'Anne Rice.

    Posté par Acid Brain, 04 août 2012 à 22:24
  • Ben oui c'est toi, pourquoi j'aurais été voir ailleurs?

    Posté par Naëlle, 05 août 2012 à 19:25
  • J'en sais rien. Je demandais juste.

    Pour répondre à ta question tu peux lire la saga des sorcières quand tu veux. Mais je pense que la lire avant Le Domaine Blackwood est quand même mieux parce que sinon tu vas te faire spoiler sur les évènements de la saga des sorcières et tu ne profiteras pas bien du lien entre Tarquin et Mona. Ni de la rencontre (énorme) entre Lestat et Rowan.

    Posté par Acid Brain, 10 août 2012 à 13:53

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